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COMMENTAIRES
SUR LA REGLE DE SAINT BENOIT

Chapitre 55, Versets 1 à 12
DE LA GARDE-ROBE ET DE LA CHAUSSURE DES FRERES.

1. On donnera aux frères des vêtements selon la nature des lieux où ils habitent et selon le climat de ceux-ci,

2. car dans les régions froides il faut davantage, dans les chaudes moins.

3. Cette appréciation est donc l'affaire de l'abbé.

4. Pour notre part, cependant, nous croyons que dans les lieux moyens il suffit aux moines d'avoir chacun une coule et une tunique, –

5. coule velue en hiver, lisse ou usée en été, –

6. et un scapulaire pour le travail ; pour se couvrir les pieds, des chaussons et des souliers.

7. Quant à la couleur ou à l'épaisseur de tous ces effets, les moines ne s'en plaindront pas, mais ils les prendront tels qu'on peut les trouver dans la province où ils demeurent, ou ce qui peut s'acheter meilleur marché.

8. Cependant l'abbé veillera à la mesure, de façon que ces vêtements ne soient pas trop courts pour ceux qui les portent, mais à leur mesure.

9. En recevant du neuf, on rendra toujours l'ancien, qui devra être déposé temporairement au vestiaire pour les pauvres.

10. Il suffit en effet à un moine d'avoir deux tuniques et deux coules pour la nuit et pour laver ces effets.

11. Ce qui serait en plus, c'est du superflu, il faut le retrancher.

12. De même les chaussons et tout ce qui est ancien ; on le rendra en recevant du neuf.

Commentaire de Père Abbé Luc

Entre norme commune et souplesse personnelle... Benoit se risque à donner des repères concernant le vêtement, comme déjà il l'a fait pour la nourriture. Pas facile d'en proposer pour une communauté, voire pour plusieurs, comme la référence à d'autres régions le laisse penser. .. sans tout niveler pour autant. Comment tenir une norme commune et en même temps respecter la personnalité de chacun? Cette question d'hier demeure très actuelle pour toute vie en communauté, comme d'ailleurs pour toute vie en société. La différence entre une communauté monastique et un autre groupe humain de la société est que le champ d'application de cette question concerne jusqu'à la vie très concrète, ici le vêtement, là la nourriture ... En effet, peut- on vivre ensemble sous un même toit sans avoir des repères communs? Et plus profondément, peut-on témoigner de l'amour évangélique vécu entre frères, si chacun n'est préoccupé que de vivre selon ses aises et selon ses vues? Ensemble, à la suite du Christ, nous désirons adopter un mode de vie commun, fait de simplicité et de sobriété pour nous entraider et nous entrainer vers plus de liberté. La norme définie pour tous voudrait exprimer ce propos commun. Cette norme, nous la recevons d'une tradition et en même temps nous la modifions au gré des évolutions qui ne manquent pas. Nous ne nous habillons plus comme au temps de St Benoit. Mais, nous avons toujours besoin d'un « il suffit» afin de ne pas laisser le « superflu» s'installer. Aujourd'hui, ce « il suffit» est moins mesuré ou quantifié qu'au temps de St Benoit. Mais dans le dialogue avec le frère linger, chacun peut évaluer ses vrais besoins en vêtement. Dans ce dialogue, l'écoute fonctionne dans les deux sens: le f. linger écoute les attentes du frère, et celui-ci écoute les remarques ou les propositions du f. linger qui offre des vêtements selon nos usages, pas trop ni trop peu, simple et correct, de couleur plutôt sombre en accord avec notre blouson. Le f. linger veille à mettre en œuvre la recommandation de Benoit sur la juste mesure de l'habit adapté à chacun. Dans ce dialogue, l'exigence indiscrète n'a pas de place. De même l'accumulation d'effets. Nous remettons ce qui ne nous sert plus. Apprendre dans le dialogue cette légèreté vis-à-vis de nos besoins est une chance pour grandir en liberté. Un jour, j'accepte tel effet neuf, un autre jour je me réjouis de recevoir un vêtement déjà usagé, heureux de demeurer dans une bonne sobriété. Les « moines ne se plaindront pas ». Tel est la clé intérieure pour aller plus loin. Mais le frère linger, ou l'abbé veilleront à la juste mesure et qualité pour tous. 3 avril 2019