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Règle de saint Benoît

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COMMENTAIRES
SUR LA REGLE DE SAINT BENOIT

Chapitre 71, Versets 6 à 9
QUE L'ON S'OBEISSE MUTUELLEMENT.

6. De plus, si un frère reçoit une réprimande quelconque de l'abbé ou de n'importe lequel de ses anciens pour quelque raison que ce soit, si mince qu'elle puisse être,

7. et s'il sent que l'esprit de n'importe quel ancien est légèrement irrité contre lui ou ému si peu que ce soit,

8. aussitôt et sans délai il se prosternera à terre et fera satisfaction, étendu à ses pieds, jusqu'à ce qu'une bénédiction vienne calmer cette émotion.

9. Celui qui refuse de faire cela, on lui infligera un châtiment corporel, ou bien, s'il est obstiné, on le chassera du monastère.

Commentaire de Père Abbé Luc

Comment développer entre nous la délicatesse fraternelle? Les lignes entendues nous offrent non une recette, mais des voies possibles à mettre en œuvre. Lorsqu'il y a un accrochage avec un frère, des mots qui viennent trop vite et trop fort, des rendez-vous manqués ou encore des maladresses, la tentation est forte de faire comme si rien ne s'était passé.« Oh ce n'est pas grave. De toute façon, j'avais raison. Et puis faut pas être susceptible» : nombreuses sont les justifications qui surgissent spontanément, pour gommer le problème. Nous savons faire preuve de nombreuses stratégies pour ne pas avoir à revenir sur une difficulté avec un frère, en vue de demander pardon, ou de mettre un billet d'excuses. Mais la chose est-elle réglée pour autant? Ne va-t-il pas rester dans la relation un malaise qui, faute d'être explicité, sera comme un petit caillou dans la chaussure? Rien de grave peut-être, mais une gêne. Le pire serait que d'incident en incident non parlé, on devienne insensible.
A l'inverse, nous pouvons entendre les mots de St Benoit « aussitôt et sans délai» lorsqu'il insiste afin que le frère se prosterne pour demander pardon quand il se rend compte qu'il a offensé un autre frère. Nous retrouvons ici la hâte que st Benoit souhaite que les moines aient pour obéir en laissant ce qu'ils ont en main (5,1,8) ou quand ils se lèvent pour aller à l'office (22, 6) ou quand le cellérier doit donner aux frères la ration prescrite sans retard (31,16). La charité n'attend pas. Elle se presse. Elle ne veut pas faire attendre. C'est la charité du Christ qui nous presse, dirait Paul, pour revenir en paix avec nos frères. Oui chacun, écoutons cette charité qui habite notre cœur.Elle est plus qu'une voix, elle est un élan qu'il ne nous faut pas ralentir. C'est la vie de l'Esprit Saint que l'on peut si vite contrister en ne consentant pas à ces gestes de réconciliation quotidiens. Un sourire, un billet, un coup de main, une parole d'excuse ... Dans ce domaine, soyons généreux. Mieux vaut un geste ou une parole en trop, qu'un geste ou une parole qui manque. D'un côté, c'est la légèreté de la charité, de l'autre le poids de la distance ou de la séparation qui se creuse. Si faire le premier pas peut en coûter à notre orgueil ou à notre susceptibilité, le fruit de paix recueilli par la réconciliation qui s'opère est sans commune mesure plus savoureux. Viens Esprit Saint nous entrainer dans ton élan d'amour qui restaure et pacifie. 20-10-2017