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COMMENTAIRES
SUR LA REGLE DE SAINT BENOIT

Chapitre 4, Versets 59 à 62
QUELS SONT LES INSTRUMENTS DES BONNES ŒUVRES ?

59. Ne pas assouvir les désirs de la chair,

60. haïr sa volonté propre,

61. obéir en tout aux commandements de l'abbé, même s'il agit lui-même autrement – ce qu'à Dieu ne plaise – en se souvenant du commandement du Seigneur : « Ce qu'ils disent, faites-le ; quant à ce qu'ils font, ne le faites pas. »

62. Ne pas vouloir être appelé saint avant de l'être, mais l'être d'abord, afin d'être appelé ainsi avec plus de vérité.

Commentaire de Père Abbé Luc

La succession de ces trois instruments est porteuse de sens. Aux deux premiers instruments qui se présentent sous une forme négative: ne pas assouvir les désirs de la chair, haïr sa volonté propre, succède un instrument plus positive: obéir en tout aux commandements de l'abbé. Si les deux premiers renvoient chacun à une vigilance intérieure, le dernier offre une objectivité dans la relation à l'abbé, qui ouvre sur une possible résolution de la difficulté. En effet, on peut entendre, et nous en faisons tous l'expérience, qu'il existe souvent en nous un conflit interne. La poussée de désirs plus ou moins désordonnés, ainsi que le besoin d'affirmer sa volonté coûte que coûte peuvent nous faire vivre des tensions intérieures dont nous n'avons pas toujours conscience. Sans bien savoir comment, nous sommes emmenés par ces désirs ou par cette volonté d'affirmation de soi. Si ceux-ci prennent de plus en plus de place, la tension se manifeste par de la fatigue, du stress ou de l'impatience, des paroles injustes. Il est important de prendre la mesure de ces mouvements intérieurs. En parler alors qu'on ne voit pas clair est salutaire pour mieux les appréhender. Peu à peu entrer dans une meilleure connaissance de soi, permet de mieux comprendre comment fonctionnent ces désirs désordonnés: qu'est ce qui les réveille, qu'est-ce qui les fait se dissiper, qu'est ce qui les alimente ... Contrairement à ce que le mot « charnel» suggère, ces désirs n'ont pas leur source dans notre corps, mais bien dans notre cœur, comme du reste la volonté propre ... Tirée de Ga 5,16, I'expression « ne pas assouvir les désirs charnels» vise en positif, à développer la docilité à l'Esprit qui est le guide sûr. Si les désirs charnels vont nous conduire à des déchirements, à des divisions internes et externes (disputes, débauche, dissensions, envie), la docilité à l'Esprit produira la charité, la joie, la paix, la patience etc ... Notre cœur va-t-il être docile à l'Esprit ou non? Une vraie écoute nous est proposée qui est bien plus profonde que l'écoute des désirs spontanés ou de la volonté propre qui nous laissent à la surface de nous-mêmes et des images tronquées de notre personnalité. Comment grandir dans cette écoute qui est en même temps discernement? La pédagogie monastique, par l'obéissance nous offre un rempart contre notre propension à nous illusionner sur nous- mêmes, soit pour nous survaloriser, soit pour nous dévaloriser. Obéir, faire ce qui est demandé sans discuter indéfiniment nous oblige à aller chercher plus profondément d'autres ressources: la ressource de la foi et de la confiance dans le Seigneur à qui on a donné notre vie. Il nous guide avec sûreté car il nous connait mieux que nous-mêmes. - 17.03.2018