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HOMELIE

10 octobre
année 2020-2021

HOMELIE du 28ème dimanche TO (Année B) – 10/10/2021
(Sagesse 7,7-11 ; Hébreux 4,12-13 ; Marc 10, 17-30)
Homélie du F.Guillaume

Frères et sœurs Le passage de l’Evangile selon St Marc que nous venons d’entendre dans sa version liturgique longue, fort heureusement, comporte une inclusion. Au début, un homme tombe aux genoux de Jésus et lui demande : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Et en finale, Jésus déclare : « nul n’aura tout quitté à cause de moi et de l’évangile, sans qu’il ne reçoive le centuple en ce temps déjà, et dans le monde à venir, la vie éternelle ».
La vie éternelle, est donc la trame essentielle de ce récit. Le détachement des richesses pour y parvenir n’est qu’un moyen : ce n’est pas une fin en soi. Ce qui importe avant tout, c’est le désir de vie, de vie pour toujours. Le dialogue entre l’homme riche et Jésus est confiant. Jésus est à l’écoute : il perçoit la bonne volonté de son interlocuteur, et il valide son bien-faire dans l’observance de tous les commandements de la Loi, depuis sa jeunesse. Mais Jésus n’est pas ici un maître de doctrine : il ne se contente pas de dire ce qu’il faut faire pour être en règle. Les commandements de Dieu sont une étape, ils ne sont qu’une étape. Cet homme vient de croiser la chance de sa vie. Jésus a posé son regard sur lui, et il l’aime, comme le souligne St Marc, il l’appelle à le suivre. Tout comme Jésus avait posé son regard sur André et Pierre, de pauvres pécheurs au bord d’un lac, sur Nathanaël sous son figuier, sur Matthieu et Zachée de riches collecteurs d’impôts. Mais à la différence de ces derniers, l’homme de notre évangile prend conscience que ses richesses le retiennent, comme s’il était ficelé. Il en est dépendant, addict (dirait-on aujourd’hui), comme un drogué. Ce n’est pas lui qui possède des richesses, ce sont les richesses qui le possèdent. Il n’est pas un homme libre. Et il s’en va tout triste. Sa tristesse résonne comme un aveu : Jésus ne peut que constater : « il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ». Il doit admettre que certains préfèrent leurs comptes en banque à l’amour qu’il leur propose. La suite du Christ nécessite une liberté d’esprit et de cœur que tous n’ont pas. Et cela est très déconcertant pour les disciples.
C’est ce que St Marc, dans la seconde partie de cet épisode veut mettre en relief, en insistant sur cette difficulté du détachement, voire même son impossibilité à vue humaine, à vue religieuse aussi.
Traditionnellement pour les juifs du temps de Jésus, les richesses étaient considérées comme cadeau de Dieu, des bénédictions. Rien de mal à cela. Mais Jésus insiste : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ». Il reprend là l’image d’un dicton qui circulait à l’époque et que l’on retrouve dans le Talmud de Babylone qui parlait, lui, d’un éléphant passant par le trou d’une aiguille.
Pourquoi cette difficulté ? Peut-être parce que ces richesses que nous possédons et qui nous possèdent sont ce que nous n’arrivons pas à partager avec les plus pauvres, peut-être aussi parce qu’elles entretiennent en nous l’illusion de l’auto-suffisance, et qu’elles nous dispensent d’avoir à dépendre des autres, à penser que nous n’avons rien à recevoir d’eux. Tout cela est très incompréhensible pour les disciples. « Mais alors qui peut être sauvé ? » demandent-ils à Jésus. Et la réponse n’a pas de quoi les rassurer immédiatement : « pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu. Car tout est possible à Dieu ». Le propos de Jésus n’est pas de décourager. Il vise à faire prendre conscience que le salut ne dépend pas de nous, de nos efforts. On ne fait pas son salut par soi-même. Dieu seul a le moyen et le désir de nous sauver. Lui seul peut et veut nous libérer de ces attaches qui nous éloignent de lui.
Jésus propose donc à ses disciples un renversement de perspective. Le salut ne se mérite pas. Il ne peut que se recevoir dans l’action de grâce. Mais pour cela, il faut avoir un cœur libre, il faut quitter tout ce qui nous entrave et nous retient.
Les disciples, tout comme les pharisiens, les scribes et les docteurs de la Loi, comme St Paul avant sa conversion, tous étaient dans la logique du mérite. Et nous-mêmes, ne le sommes-nous pas toujours plus ou moins encore ? Mais l’Evangile promet ici bien plus que tout ce que nous n’aurons jamais sacrifié : le centuple de tout, le trésor dans le Ciel. Jésus promet enfin et surtout la vie éternelle, comme un don gratuit, et non pas comme une récompense.
Cet enseignement qui sera repris par Saint Paul sous une forme plus théologique dans ses lettres, n’a rien perdu de sa force et de son actualité. Puissions-nous l’accueillir avec joie dans l’action de grâce et dans l’eucharistie de ce dimanche. AMEN

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